Jean-Luc Durand

Musique artificielle

Si vous commencez à saturer d'entendre parler d'intelligence artificielle, j'ai une mauvaise nouvelle, ça n'est pas près de se terminer.

Ce soir, pour détourner mon esprit d'un douloureux lumbago, je cherche une musique douce sur YouTube. L'algorithme me fait quelques propositions. Et c'est encore un choc. Récemment on parlait d'une révolution qui touche le cinéma. Et il s'avère que là aussi, ce ne sont pas des humains les auteurs, mais des machines. Absolument tout est artificiel : la mélodie, les instruments, les paroles, la voix de la chanteuse, et la photo ou la vidéo de celle-ci.

Certes il y a quelques mois, j'étais déjà tombé sur une chaîne qui proposait de fausses chansons en français dans le style des années 60, mais la thématique était l'humour pour adultes. Les textes qui mêlaient sous-entendus sexuels et rimes bizarres ne sonnaient pas naturels. Mais celles d'aujourd'hui font encore un bond en qualité.

Disons qu'en matière musicale, j'ai des goûts aussi variés que les sujets des articles de ce blog : classique, moderne, rock, jazz, et une passion pour les bandes originales de films. En ce moment, peut-être parce que c'est plus apaisant, j'écoute beaucoup de rythmes lents, le genre qu'on peut laisser en fond sonore. Si c'est votre cas aussi, je vous recommande de jeter un coup d'oreille aux vidéos suivantes.

La première propose des chansons de style bolero cubain, proches de celles du groupe Buena Vista Social Club, chantées en espagnol. Voix apaisante, thématique de l'amour, tout y est. Pourtant tout est faux, mais on y croit. C'et l'accompagnement parfait pour se détendre.

Bolero cubano

Crédits photo : capture d'écran YouTube

D'ailleurs, après avoir cliqué sur "J'aime", je m'aperçois qu'il existe de multiples chaînes du même type : toujours une photo sépia, une jeune femme latino séduisante devant un micro, et trois ou quatre musiciens en fond. Serait-ce le même créateur derrière ? En tout cas les commentaires des auditeurs, notamment les hispanophones, les plus aptes à juger de la qualité, sont tous admiratifs.

La seconde est Morgan Luna, dont le genre est le slow blues américain, chanté en anglais. Ici le style est plus mélancolique. On parle aussi d'amour, mais plutôt de déception. I'm not your toy ("je ne suis pas ton jouet") : le titre annonce la couleur. La voix de la chanteuse est rauque, parfois éraillée dans les aigus, ce qui participe à la rendre plus touchante.

Morgan Luna

Crédits photo : capture d'écran YouTube

Mais alors est-ce que la musique aussi est condamnée ? Pour ma part je pense que non. Il y aura toujours une créativité propre à l'être humain. L'IA se nourrit de ce qu'elle trouve sur Internet. Comme elle nous imite, elle peut produire des œuvres incontestablement de très bon niveau, mais où il manque un je ne sais quoi d'originalité. Car par définition une imitation n'est pas une création.

Mais que se passera-t-il si un jour elle peut elle aussi inventer ?

#Culture #IA