La fin du cinéma ?

Crédits photo : capture d'écran YouTube
Je regarde beaucoup de vidéos sur YouTube. La richesse de cette plateforme est extraordinaire. Et ce soir, l'algorithme me propose un film réalisé par un fan de Star Wars. Je ne discuterai pas de l'histoire elle-même ; ce qui m'a sidéré, c'est la qualité de la réalisation par l'intelligence artificielle.
L'image est maintenant presque indiscernable d'un vrai film. La qualité du décor est bluffante. L'environnement de la planète, le sol, la brume, les lumières des sabres laser, tout y est. Les voix sont d'une clarté parfaite et le visage des protagonistes, les émotions (colère, fatigue, lassitude, incompréhension) sont rendues avec l'exactitude d'acteurs professionnels.
Il y a peut-être des détails qui trahissent l'usage de l'IA, si oui je ne les ai pas remarqués. Mais sachant qu'un "vrai" film Star Wars est bourré de trucages en CGI, c'est-à-dire également d'éléments artificiels créés par informatique, alors on peut vraiment dire qu'aujourd'hui l'IA fait aussi bien que les studios d'Hollywood.
Et cela va avoir des implications immenses. La première est qu'un fan inspiré va pouvoir produire sa propre version d'un film, avec sa vision, sans le moindre budget, ou presque.
Il n'est pas impossible que certains fassent bien mieux que les réalisateurs originaux (dans le cas de Star Wars, depuis le rachat par Disney, ça n'est pas difficile). Bien sûr, on peut compter sur les ayants droit pour tenter d'interdire cette nouvelle forme de concurrence, mais cela ne pourra se faire que sur les franchises existantes. Si votre film se passe dans l'une d'entre elles, vous n'aurez pas le droit de le diffuser.
Mais si vous créez votre propre univers ? Cela ouvre la voie à l'apparition d'un nouveau type de cinéma. L'absence de contrainte financière permettra de prendre plus de risques sur la réalisation. On aura enfin droit à des films combinant originalité scénaristique et effets spéciaux importants, ce qui jusqu'à aujourd'hui était quasi impossible, les producteurs craignant pour la rentabilité de leur investissement.
Alors je sais ce que vous allez me dire. On disait déjà cela en matière littéraire. Avec l'auto-édition, tout le monde allait pouvoir écrire un livre et l'éditer en un clic sur internet. Plus besoin de convaincre un éditeur, dont le métier disparaitrait. L'écrivain serait en prise directe avec ses lecteurs.
Et on a vu le résultat : rien. Les éditeurs sont toujours là, le livre papier résiste et les écrivains auto-édités sur internet ne rencontrent presque jamais le succès, même s'il y a quelques contre-exemples, comme Hugh Howey, l'auteur de la série Silo.
Est-ce que le même scénario va se reproduire ? C'est probable, mais avec des différences. La plus importante tient au fait qu'il y a beaucoup plus de consommateurs d'images que de livres, malheureusement. Vue l'appétence pour des réalisations originales et moins formatées par le marketing, même sans sortir en salles, il est tout à fait possible qu'elles trouvent leur public sur des plateformes comme YouTube.
Quant aux studios traditionnels, on imagine sans peine qu'ils auront eux aussi recours à ce procédé. On peut y voir une chance pour le cinéma français, qui a toujours été bridé par ses petits budgets. À quand une grande franchise de science-fiction made in France ?
En attendant, je rêve que la dernière trilogie de Star Wars, et notamment le catastrophique épisode IX, soit entièrement revue par quelqu'un qui possède vraiment la patte artistique de George Lucas. Des candidats ?