Jean-Luc Durand

Contrôle social

J'ai lu aujourd'hui deux articles des excellents sites MacGeneration et iGeneration, spécialisés sur l'actualité Mac et iOS. Ils me donnent envie de réagir sur un thème : le contrôle social et la liberté.

Dans le premier on nous explique que l'intelligence artificielle est aujourd'hui utilisée par Apple pour résumer les conversations entre les clients et les techniciens des Genius Bar. Mais elle pourrait aussi servir à évaluer l'efficacité de ces derniers.

Le second nous parle d'un projet de l'Union européenne d'utiliser la géolocalisation pour forcer les voitures à respecter les limitations de vitesse en vigueur dans la zone où elles se trouvent.

Sur un troisième site, je vois que la France projette d'interdire les réseaux sociaux aux plus jeunes.

Soyons clair, il s'agit souvent de sujets importants. Quel citoyen ne voudrait pas limiter les accidents ? Quel parent n'est pas préoccupé par le développement intellectuel de ses enfants ? Pour les techniciens d'Apple, je vous laisse juger.

Malheureusement on trouvera toujours une cause louable pour justifier une mesure liberticide. C'est devenu une habitude dans les démocraties. Et de fil en aiguille, nos droits sont petit à petit rognés.

Vous pensez peut-être au proverbe "l'enfer est pavé de bonnes intentions". Mais il ne s'applique pas ici, car est-on sûrs que les gens qui soutiennent ces mesures sont tous sincèrement préoccupés par le bien commun ?

Vous allez me répondre, par exemple, que l'absence de réseaux sociaux ne va pas faire du mal à nos enfants. Et je ne vous dirai pas le contraire.

Sauf qu'une fois qu'on aura mis en place les moyens techniques de faire appliquer cette loi (ce qui risque de prendre un certain temps), qu'est-ce qui empêchera d'étendre l'interdiction aux adultes ? Il faut éviter que les enfants voient certains choses. Les enfants seulement, vous êtes sûrs ?

Car on peut craindre qu'en réalité ce projet s'adresse à tout le monde. Partout on entend des appels au contrôle de l'information, et on en a vu les prémisses il y a quelques années. Facebook a fermé 3.000 comptes et supprimé 18 millions d'articles pendant la crise du Covid, car certains utilisateurs avaient osé propager des "fake news".

Vraies ou fausses, elles auraient dû rester en ligne, car elles relevaient de la liberté d'expression. Mais elles ne plaisaient pas au pouvoir. Prenons garde de ne pas institutionnaliser cette pratique.

Bien sûr, si vous vous inquiétez des dérives, on vous dira que des restrictions de liberté sont nécessaires "pour votre bien". Personnellement j'y vois deux problèmes.

Primo, cela sous-entend que l'individu est incapable de savoir seul ce qui est bon pour lui. En clair, qu'il n'est pas très malin et qu'il a besoin d'être guidé vers le droit chemin.

Secundo, il est difficile de critiquer ce genre de mesure car on va bien entendu vous rétorquer  "tu préfères qu'il y ait 3000 morts par an sur les routes ?" ou "c'est mieux si les enfants s'abrutissent devant les écrans ? ".

Beaucoup de gens tombent dans le panneau et sont partisans du contrôle pour être du "bon côté". Ils veulent être ceux qui font la morale, pas ceux à qui on la fait. Certains les appellent le "camp du bien".

Ils ne comprennent pas qu'ils bâtissent leur propre prison. Car oui, voyons les choses en face : la liberté implique le risque. Un monde qui le supprime (ce qui en pratique est impossible), c'est un monde où tout est régulé jusque dans le moindre détail, où le pouvoir décide de tout. Croyez-moi, beaucoup en rêvent.

En France, le soi-disant "principe de précaution" est l'expression la plus absurde de cette nouvelle peur. S'il avait été en vigueur aux XIXème et XXème siècles, toutes les inventions modernes n'existeraient pas. Monter dans un avion  ? Vous plaisantez  ! Trop de risque de crash. Installer l'électricité dans les foyers ? C'est de la folie, tout le monde va s'électrocuter !

Bref nos sociétés modernes font preuve d'un autoritarisme grandissant qui se nourrit de notre aversion au risque. Etat, protège-moi et je t'obéirai. Et si on apprenait à se passer de lui ?

#Société