Jean-Luc Durand

Saint-Malo

IMG_4034 Aujourd'hui je suis à Saint-Malo, ville fortifiée et port de commerce prospère pendant plus de six siècles. Voici quelques anecdotes sur le passé de cette cité étonnante.

La fondation de la ville

A l'origine, il y avait une ville antique, l'actuelle cité d'Aleth. Vers l'an 600, un moine d'origine galloise, Saint Maclou, évangélise la cité qui prend son nom, déformé en "Malo".

Vers 1150, après avoir été rasée treize fois, notamment par les Vikings, elle est reconstruite sur une île située juste en face, une position beaucoup plus facile à défendre.

La ville s'entoure de murailles de protection, c'est la zone actuelle appelée "intra-muros". Puis du terrain est gagné sur la mer. Cette configuration est bien plus efficace et sous cette forme Saint-Malo ne sera prise qu'une fois, en 1378.

Au fil des siècles, elle développe une tradition d'autonomie très forte, illustrée par une véritable indépendance entre 1590 et 1594, et la devise Ni Français, ni Breton, Malouin suis.

Le commerce

Après la découverte de l'Amérique en 1492, le commerce se développe. Les commerçants malouins importent des épices et des tissus peints d'Inde, de la porcelaine et du thé de Chine, du café Mokka du Yémen et même de l'argent des mines de Potosí, en Bolivie, lorsque le vice-roi espagnol se laissait corrompre.

Les armateurs investissent dans des bateaux et les envoient dans des missions qui peuvent durer jusqu'à six ans. En moyenne, ils possèdent chacun cinq navires, mais les plus grands en détiennent jusqu'à une vingtaine. Les risques sont énormes, et 10% en moyenne ne reviennent pas au port.

Mais lorsque le voyage se passe bien, le bénéfice atteint souvent sept fois la mise de départ. La ville devient extrêmement prospère: au XVIIème siècle elle représente à elle seule 10% (en valeur) du commerce extérieur français!

Les navires n'accostent pas au port car celui-ci n'existe pas (il sera construit au XIXème siècle par Napoléon III). Ils sont simplement échoués sur la côte. Sachant que les marées empêchent d'y accéder plusieurs heures par jour, il faut jusqu'à six mois pour décharger ceux qui reviennent de voyage. IMG_4138 A bord, la discipline est stricte et l'insubordination punie sévèrement. Les marins concernés sont enfermés plusieurs jours dans la cale, dans le noir, les mains et les pieds liés par des menottes de fer, avec les rats pour seule compagnie et un morceau de pain sec comme nourriture.

Comme la réfrigération n'existe pas, les navires emportent de la "viande sur pattes", autrement dit des animaux vivants (moutons, chèvres, etc.) pour nourrir l'équipage. Toutefois, les lapins sont interdits, car ils rongent le bois et les cordages. Ils sont tellement craints des marins que prononcer le mot "lapin" pendant une traversée est considéré à l'époque (et même encore aujourd'hui) comme un mauvais présage.

Les corsaires

En temps de guerre, les navires de commerce se transforment en bâtiments de guerre. Les capitaines deviennent des corsaires. Ils reçoivent du roi de France une lettre de marque, c'est-à-dire une autorisation écrite d'attaquer en son nom les bateaux d'un pays avec lequel la France est en guerre.

Ce système est strictement règlementé et reconnu par les belligérants : si un corsaire est capturé, l'équipage est traité comme prisonnier de guerre et gardé en détention jusqu'à un échange avec l'ennemi.

Ce traitement est bien plus clément que celui réservé aux pirates, ceux qui attaquent les navires pour leur propre compte, et qui en cas de capture sont exécutés. C'est pourquoi le commandant doit protéger à tout prix sa lettre de marque, dont la perte pourrait coûter la vie à lui et à ses hommes. Il la range donc dans un coffre blindé.

La capture d'un navire se fait traditionnellement en tirant au canon dans les mâts pour l'immobiliser. Puis c'est l'abordage, avec une sorte de hache que l'on plante dans la coque et sur laquelle on prend appui pour grimper (les harpons vus au cinéma n'existent pas, car les marins du navire abordé n'auraient eu qu'à en couper la corde). On entre dans le navire en passant par les sabords, les fenêtres par lesquelles passent les canons.

Les défenseurs utilisent des piques en métal pour repousser les assaillants. Sur certains navires, des tireurs installés dans les gréements tentent d'abattre les marins ennemis avec des mousquets, l'ancêtre du fusil. Mais avec son temps de rechargement d'une minute, la cadence de tir est souvent trop lente pour infliger de réels dégâts.

Le butin est partagé comme suit: entre 20% et 25% pour le roi, une part pour les blessés, une autre pour les familles des marins décédés pendant la mission, et le reste est partagé en deux entre l'armateur et l'équipage.

Un homme est présent sur chaque navire pour vérifier si les consignes sont respectées: c'est le contrôleur royal. Il est détesté par l'équipage car il veille à ce que personne ne vole dans les marchandises capturées. Mais on ne s'attaque jamais à lui, car s'il ne survit pas à la mission, la totalité du butin revient au roi. On le voit parfois prendre des notes en plein combat.

Que faire à Saint-Malo ?

Je vous recommande évidemment la visite du centre historique dit "Intra-muros", et notamment la Demeure du Corsaire située dans l'hôtel particulier d'un des anciens armateurs.

Grimpez en haut des remparts, sans doute la construction emblématique avec leurs tours rondes. Sur le port, montez à bord de l'Etoile du Roy, réplique moderne (1997) d'un navire similaire à ceux utilisés par Surcouf, le plus célèbre corsaire français.

Pour la plage, déplacez-vous de quelques kilomètres et allez à Dinard, car celles de Saint-Malo sont vastes mais peu équipées.

Et dans les environs, vous pouvez passer jeter un coup d'oeil à Aleth et la Tour Solidor, qui malheureusement ne se visite plus. IMG_4114

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