La fausse bonne affaire des LLD et LOA
Aujourd'hui j'ai envie de parler de deux fausses bonnes affaires de la consommation moderne : la location longue durée (LLD) et la location avec option d'achat (LOA), qu'on vous propose presque systématiquement pour l'achat d'une voiture.
Dans les vingt dernières années, le prix des automobiles a explosé, la faute à une inflation de normes et de réglementations déconnectées de la réalité. Dans le même temps, les salaires moyens n'augmentaient presque pas. Le bon vieux crédit consommation est donc devenu trop cher pour beaucoup de gens.
Conséquence, la quantité de voitures neuves achetées diminue de plus en plus et l'âge moyen des voitures en circulation augmente. En recherchant la sécurité jusqu'à la déraison, on se retrouve avec un parc automobile qui reste de plus en plus longtemps sur les routes, donc de moins en moins sûr. Mais passons.
Les constructeurs ont alors trouvé une nouvelle manière de nous faire acheter, ou plutôt de nous donner l'impression qu'on achète. Ils mettent en avant deux formules : la LOA et la LLD. Elles connaissent un grand succès car elles sont généralement, à première vue, beaucoup plus abordables que le crédit classique.
Malheureusement comme d'habitude, lorsqu'un vendeur insiste sur un produit en particulier, c'est qu'il y trouve son intérêt. Et généralement, plus il y trouve son intérêt, plus le client se fait avoir.
Nous allons donc étudier ici ces deux systèmes, voir en quoi ils sont très défavorables au client et quelle est, à mon avis, la meilleure façon de procéder pour acheter une voiture.
La location longue durée ou LLD
Le principe de la LLD est très simple. Il s'agit... d'une location sur une longue durée. Non je ne me moque pas de vous, mais c'est bien cela le principe. Vous payez une mensualité définie à l'avance pendant une durée elle aussi définie à l'avance, et vous avez le droit d'utiliser une voiture. Celle-ci ne vous appartient pas et lorsque la durée prévue est atteinte, vous devez la restituer.
Du coup vous comprenez quel est le premier problème de la LLD : vous n'êtes jamais propriétaire.
Il faut bien voir que cela change tout par rapport à une voiture qui vous appartient vraiment. Vous n'avez pas le droit de la modifier en quoi que ce soit, notamment au niveau mécanique. Toute personnalisation, même purement esthétique, qui n'est pas facilement réversible est interdite, comme par exemple les "coverings" (l'ajout d'un film de plastique extrêmement fin qui permet de changer la couleur extérieure de la voiture).
Mais surtout le loueur définit avec vous un nombre de kilomètres maximum à parcourir et exige que la voiture soit restituée en très bon état. Si ces engagements ne sont pas respectés, vous aurez droit à de lourdes pénalités.
Mais il n'est parfois pas évident de savoir à l'avance, sur une période de cinq ans, quel sera votre kilométrage annuel. Ajoutons qu'au bout de plusieurs années d'utilisation, une voiture a forcément des traces d'usure. La sellerie sera un peu sale, surtout si vous avez des enfants (je sais de quoi je parle). La peinture aura quelques petites rayures, souvenir des parkings publics. Vous savez, le conducteur qui ouvre sa portière brutalement et tape dans la vôtre. Tout cela, le loueur le sait parfaitement. Et il en profite.
C'est pourquoi les punitions, pardon, les pénalités, sont très élevées. Les montants varient, mais on peut donner des ordres de grandeur. Une petite rayure peut coûter 150€. Une très grosse rayure, qui nécessite de repeindre un élément de carrosserie peut dépasser les 500€. Des sièges très sales peuvent coûter 250€. Les mauvaises odeurs, notamment celle du tabac, sont facturées aussi. Comptez 250€.
Et l'entretien ? Vous pourriez vous dire que puisque la voiture n'est pas à vous, ce n'est pas à vous de l'emmener au garage. Pas de chance, de base ce n'est pas le cas. Ce sera bien au locataire de faire les révisions, de remplacer les consommables comme les pneus, etc.
Notez qu'aujourd'hui il existe des formules qui intègrent l'entretien, mais elles font fortement augmenter la mensualité, et il faut être très vigilant sur ce qu'elles couvrent et surtout ne couvrent pas.
Autrement dit, vous payez pour tout sans posséder quoi que ce soit. La voiture n'est plus un bien mais un service. Et si par malheur vos revenus diminuent, vous êtes contraint de la restituer. C'est comme passer du CD audio au streaming façon Spotify, mais en version automobile.
Et malheureusement ça marche, car les clients ont tendance à ne voir que la mensualité et ne réalisent pas ce qu'elle contient.
Bon, ceci étant dit, certains acheteurs voulaient tout de même, au bout du compte, être propriétaires de quelque chose. Qu'à cela ne tienne, les financiers ont trouvé une autre formule. Elle s'appelle la LOA.
La location avec option d'achat ou LOA
Avec la LOA, ça commence comme la LLD. Vous trouvez une voiture qui vous plaît. On définit une mensualité, une durée de détention de la voiture, une quantité maximale de kilomètres à parcourir, et vous signez.
C'est lorsque vous arrivez au terme du contrat qu'il y a une différence. On vous propose deux possibilités. Soit payer une option d'achat finale et devenir propriétaire de la voiture. Soit refuser l'offre et la restituer.
Le problème est que vous vous faites avoir dans les deux cas.
Dans le second, si vous restituez la voiture, cela équivaut exactement à une LLD. Cela n'a donc aucun intérêt. C'est ce que le vendeur va vous proposer s'il voit que vous n'avez pas les moyens de choisir la première option.
Et cette première option, que vaut-elle ?
Pour le savoir il faut comprendre ce que représente la LOA. La mensualité que vous payez ne rembourse pas la valeur de la voiture. Elle rembourse la valeur de la décote de la voiture pendant la période où vous la possédez.
Par exemple si vous achetez une voiture valant 30.000€ et qu'au bout de 5 ans le vendeur anticipe qu'elle ne vaudra plus que 15.000€ (ce qu'on appelle la valeur résiduelle), il va vous faire payer la différence, soit 15.000€, divisée par 60 mois.
Le problème, c'est que ces 15.000€ seront bien sûr additionnés d'intérêts. Il faut bien que votre loueur gagne sa vie non ? Sauf qu'il ne s'agit pas d'un prêt bancaire classique, mais d'un contrat de location.
Ce petit détail juridique fait une grosse différence, car ce n'est pas la même réglementation qui s'applique. L'affichage du TAEG, le taux réel du prêt, n'est pas obligatoire (pour le moment, l'Europe va réglementer ce point en novembre 2026). Et il n'y a pas de maximum, qu'on appelle le taux d'usure. On peut alors en appliquer un très élevé, jusqu'à 8% à 12% contre plutôt 4,5% à 6% en crédit classique.
Attendez, c'est pas fini. Pendant que vous roulez dans votre voiture, le loueur a immobilisé la valeur résiduelle, c'est-à-dire les 15.000€. Eh oui, cet argent ne travaille pas pendant cinq ans. Inacceptable. Par conséquent on va aussi vous facturer des frais financiers, qui correspondent à ce que cette somme aurait pu rapporter si elle avait été investie.
On est enfin au bout ? Pas encore. Il y a aussi les assurances ! Certes, elles ne sont pas obligatoires. Si vous lui demandez à quoi elles servent, le vendeur va prendre un air grave. Que se passe-t-il si un accident vous empêche de payer votre mensualité ? Ou si des voyous mettent le feu au véhicule ?
Et bien entendu, pas d'achat de voiture sans les inévitables "frais de dossier" !
Alors c'est fini ? Toujours pas. Car la dernière mensualité, les 15.000€, ne correspond pas à la vraie valeur résiduelle. Je vous ai dit que c'était celle que le loueur anticipait. Bien sûr il va la gonfler un peu par rapport au marché.
Pendant les cinq ans d'usage, vous allez donc payer en cumulé beaucoup plus que 15.000€. Mais tous ces frais seront mélangés dans une mensualité dont on se gardera bien de vous détailler la composition.
Tout ça pour quoi ? Pour qu'on vous propose une option d'achat ruineuse. La pilule est d'autant plus dure à avaler que c'est le moment où vous commencez à vous lasser du véhicule. Ajoutez que c'est aussi la période où les problèmes mécaniques apparaissent.
Pour toutes ces raisons, la LOA vous coûtera toujours plus cher qu'un crédit classique, tout en vous donnant l'illusion de payer moins.
Résumons en comparant avec le crédit. La voiture vaut 30.000€ neuve.
- En crédit classique sur 5 ans : vous remboursez la totalité du capital et les intérêts. Vous payez une grosse mensualité, disons 566 €/mois avec un taux réaliste de 5%. Au bout de 5 ans, vous avez déboursé 33.960€, mais vous possédez la voiture, qui vaut encore 15.000€. Coût net de l'opération : 18.960€.
- En LOA sur 5 ans : on vous fait miroiter une mensualité de 350 €/mois, donc moins chère que le crédit. Vous payez 21.000€ sur 5 ans. Si vous rendez la voiture et que par chance elle est en parfait état (donc pas de pénalités), le coût net est de 21.000€, et vous n'avez plus de véhicule. Si vous levez l'option d'achat à 15.000€, ce qui suppose de les avoir, sans quoi il faut en plus faire un prêt et donc ajouter des intérêts, vous avez payé 36.000€ au total, contre 33.960€ en crédit classique.
Quoi que vous fassiez, vous êtes cuit, car si vous renoncez à conserver le véhicule, vous avez les mêmes pénalités vues plus haut (pour cause de kilométrage excessif et/ou de mauvais état général) qu'en LLD.
C'est pourquoi les loueurs ont pour habitude de jouer les grands seigneurs et de vous proposer de les effacer, mais à une condition : que vous repartiez sur une nouvelle LOA. Comme avec la LLD, vous finissez par payer sans être jamais propriétaire.
La solution la plus pertinente
La meilleure solution, à mon avis, c'est de faire un crédit classique. Vous allez me dire que généralement, sur les voitures neuves, la mensualité est bien trop élevée. Et je suis tout à fait d'accord. Si vous faites le crédit sur 100% du prix, vous allez vous ruiner.
Il y a donc deux façons de procéder. La première est de faire un crédit, mais sur une voiture d'occasion de 3 à 5 ans. Vous aurez ainsi déjà passé la période de plus forte décote (40% en moyenne), qui aura coûté cher au premier propriétaire, mais qui vous permettra d'avoir un véhicule de bonne qualité à un tarif raisonnable.
Et si malgré tout vous voulez absolument une voiture neuve ? Le truc, c'est d'acheter des voitures qui décotent peu. De choisir des marques qui ont une bonne réputation de qualité et qui conservent leur valeur sur le long terme. En clair, des marques japonaises comme Toyota ou allemandes comme Volkswagen par exemple.
Ensuite il faut un apport. C'est difficile, mais c'est seulement pour le premier achat. Vous faites un crédit classique, mais sur le montant de la voiture diminué de votre apport. Au bout de 5 ans, vous achetez une nouvelle voiture en faisant reprendre l'ancienne par le vendeur. Si vous avez choisi une bonne marque, la décote sera relativement faible et le prix de votre ancienne voiture constituera un apport non négligeable pour la nouvelle. Ce qui mettra à nouveau le crédit à votre portée.
De cette façon vous roulerez toujours dans des véhicules neufs et qui, en plus, seront totalement à vous. Bien sûr il faudra les entretenir et ne pas trop les modifier sous peine de voir leur valeur de revente diminuer.
Mais vous ne risquez aucune pénalité pour les petites dégradations du quotidien. Vous pouvez rouler autant de kilomètres que vous le souhaitez, pas de pénalité non plus (même si un fort kilométrage fera baisser la cote de la voiture). Et si vous êtes dans une situation financière difficile, vous conservez le véhicule plus longtemps, tout simplement.
Les cas particuliers
Pour être honnête, il y a un cas où la LLD peut être intéressante, c'est lorsque le produit décote très rapidement. Cela concerne surtout les véhicules électriques.
La raison est que l'on est encore aujourd'hui dans une phase où les technologies sont nouvelles et évoluent rapidement. Une voiture moderne aujourd'hui peut être obsolète dans deux ans, parce qu'on aura entretemps inventé une batterie avec une plus forte capacité, par exemple.
Toutes les marques ne sont pas concernées. Mais attention, entre autres, avec les chinoises dont on ne connaît pas réellement la solidité financière, et qui peuvent disparaître aussi vite qu'elles sont arrivées.
Donc avec un constructeur peu connu, plutôt que de prendre un risque en devenant propriétaire, vous pouvez utiliser la LLD. Au bout de la période convenue, vous restituez le véhicule, et si le produit n'a plus de valeur c'est le loueur qui devra en assumer les conséquences.