Le musée Vasa
De passage à Stockholm pour deux jours, je suis allé voir une des attractions les plus connues de la ville, le musée Vasa.
Il s'agit d'un grand hall maintenu à température constante et qui contient un joyeau du XVIIème siècle : le Vasa, un navire de guerre, proche des galions espagnols mais doté d'une énorme puissance de feu. Ce navire royal (Regalskeppet en suédois) est commandé en 1625 par le roi de Suède Gustave II Adolphe pour servir dans la guerre qu'il mène à cette époque contre la Pologne-Lituanie. Le cahier de charges est qu'il soit plus grand et plus lourdement armé que n'importe quel bâtiment ennemi.
Malheureusement, l'architecte naval d'origine décède et son remplaçant subit les pressions du roi qui impose de nombreuses modifications au cours de la construction. Le 6 août 1628, jour de son premier voyage, le navire quitte le quai et, peu après, essuie une rafale de vent qui le fait chavirer. Les sabords (les fenêtres par lesquelles tirent les canons) étant malheureusement ouverts, l'eau s'engouffre massivement. Le Vasa coule en quelques minutes. Il n'aura parcouru que 1300 mètres. Environ cinquante marins meurent dans la catastrophe.
Pendant plusieurs siècles, l'épave du navire repose à faire profondeur dans la baie de Stockholm, progressivement oubliée. Elle est redécouverte en 1961, et à la stupéfaction générale, est en excellent état. Les eaux froides et peu oxygénées de la Mer Baltique ont en effet empêché la prolifération des tarets, une sorte de ver marin qui dévore le bois. Le Vasa est placé dans un musée conçu spécialement pour lui, et subit des traitements réguliers pour éviter sa dégradation.
Comment le fleuron de la marine suédoise a-t-il pu sombrer ? Le principal responsable est le roi lui-même, ce qui explique que la commission d'enquête de l'époque n'a condamné personne. Gustave Adolphe a imposé l'ajout d'un pont supplémentaire portant de lourds canons de bronze, et ce alors que la construction est déjà bien entamée. L'architecte remplaçant n'a pas osé refuser, peut-être par inexpérience ou par peur de contrarier le monarque.
Cette modification a relevé le centre de gravité du navire, d'où un plus grand risque de chavirage. Pour compenser, il aurait fallu élargir la coque, et la lester davantage avec des pierres. Mais cela aurait impliqué de la reconstruire intégralement, ce qui était financièrement impossible car le bois était déjà coupé.
Je vous recommande cette étape. La vision d'un navire grandeur nature et authentique, vieux de quatre siècles, vaut vraiment le détour.