Jean-Luc Durand

Bear, la plateforme parfaite ?

nadiia-ganzhyi-cfE5i6sHCFA-unsplash Ceux qui me connaissent savent que j'attache de l'importance à une valeur cardinale: la simplicité. Je préfère un produit avec des fonctions peu nombreuses mais efficaces, à un autre qui en offre une liste interminable dont seule une partie est utilisée, et qui se révèle difficile à maitriser au quotidien.

Et la question de savoir quel produit choisir s'est posée lorsqu'il a fallu créer mon nouveau blog. Jusqu'ici j'utilisais WordPress, qui en théorie est la plateforme idéale. Pourquoi ? Parce que c'est la machinerie qui fait tourner plus de 40% des sites web existants dans le monde. La communauté de développeurs et d'utilisateurs est immense. Si on a un problème, on est presque sûr de trouver une solution. Il y a un nombre infini de thèmes, c'est-à-dire d'apparence visuelle pour le site, ce qui est absolument fondamental pour moi car je suis un obsédé du design. Pour toutes ces raisons, WordPress semblait être le choix évident.

Il n'empêche que la mise en place de mon espace sur la toile n'a pas été une partie de plaisir. La création du site lui-même est fastidieuse, même si j'ai bénéficié de l'aide de mon hébergeur, o2switch (que je recommande à ceux qui veulent se tourner vers cette solution)1. Il faut se plonger dans les méandres d'un CMS, des dossiers d'installation, des noms de domaine, etc. Il faut comprendre le principe des plug-ins de WordPress, choisir lesquels installer, comment les configurer, comment faire des sauvegardes, etc. Blogueur sous WordPress depuis 2008, j'étais en terrain connu, mais ce processus est long et clairement pas à la portée d'un alergique à l'informatique.

Mais une fois le site en ligne, c'est à dire une page blanche avec "Hello World!", tout n'est pas fini, et le diable est dans les détails. En principe, on applique un thème, et c'est tout. Sauf que si vous souhaitez le personnaliser, les ennuis commencent. Celui que j'avais choisi ne me convenait pas totalement. Or les options proposées (polices de caractère, couleurs, etc.) étaient complexes à choisir. Je m'arrachais les cheveux pour déplacer un menu de quelques centimètres, pour souligner un lien dans une certaine zone sans qu'il le soit aussi dans une autre, etc.

Car WordPress a bien changé depuis ses débuts dans les années 2000. A cette époque, on pouvait tout paramétrer facilement dans un unique fichier, style.css. Mais ça, c'était avant. Aujourd'hui, les variables sont distribuées entre ce même fichier et d'autres, comme functions.php ou index.php. Et il faut comprendre la structure du site, les conteneurs, les "div", etc. Plus question de modifier vite fait une commande, de regarder si le résultat convient, et de recommencer si ce n'est pas le cas. Sans maitrise du CMS, votre changement n'aura soit pas l'effet escompté, soit il cassera quelque chose ailleurs.

Alors comme tout le monde aujourd'hui, je me suis tourné vers l'IA. Grâce à Google Gemini, j'ai cessé de bidouiller les thèmes des autres, et créé le mien en partant de zéro. J'ai simplement donné des exemples de sites qui me plaisaient, et Gemini a généré les fichiers et le code. OK, il a fallu de nombreuses itérations successives pour arriver à un résultat parfait, mais cela s'est fait sans avoir besoin de connaitre quoi que ce soit au langage PHP.

Et puis début 2026, en cherchant sur Google "plateforme de blog minimaliste", je suis tombé sur un commentaire qui parlait de Bear.

Bear est une plateforme de blog qui a été fondée par le sud-africain Herman Martinus. Elle a un principe en tête : la simplicité. Ce n'est pas la seule dans ce créneau. On peut citer par exemple Write.as ou Svbtle, voire, même si ça se discute, Ghost.

Mais le problème des deux premiers, c'est qu'ils ne sont absolument pas personnalisables. On ne peut absolument rien changer à la présentation de votre blog. Vous adhérez ou vous partez. Le minimalisme, c'est génial, mais seulement si les choix esthétiques vous plaisent.

Ghost lui est parfaitement adaptable, dispose de thèmes équivalents à ceux de WordPress, mais a un coût. Comptez 15 $ par mois minimum, c'est-à-dire plus cher qu'un blog sous WordPress. Si vos moyens vous le permettent, c'est une très bonne idée, mais personellement je n'ai pas l'intention de dépenser beaucoup d'argent pour des sites qui ne me rapportent absolument rien.

Il y avait aussi la possibilité de bloguer sur Medium. C'est une plateforme de blog qui a été fondée par les créateurs de Twitter et dont j'avais parlé il y a dix ans déjà. La présentation est particulièrement agréable à lire et l'interface d'écriture est extrêmement simple. Mais là aussi, aucune modification esthétique n'est possible. Et surtout, Medium n'est pas accessible directement depuis l'internet comme un site web classique. Il faut créer un compte sur la plateforme et payer pour pouvoir lire les articles. De fait votre blog reste donc limité aux lecteurs enregistrés, ce qui réduit drastiquement son audience potentielle. Ajoutez que la plupart des utilisateurs de Medium sont anglophones. J'ai donc absolument tiré un trait sur cette solution.

Revenons à Bear. Lorsque j'ai découvert la plateforme, je me suis rendu compte qu'elle était entièrement gratuite. Quand je dis "gratuit", c'est pour les fonctions minimales, c'est-à-dire créer un blog et pouvoir modifier le style de la présentation et du CSS. Mais si vous voulez pouvoir ajouter des images, par exemple, il faut payer. Normal, l'hébergement doit bien être financé. Il existe une formule à 50 € par an et, plus original, une formule "perpétuelle" à 180 €. Un seul paiement et vous êtes abonné théoriquement ad vitam aeternam.

J'ai donc utilisé Bear pour ramener à la vie un vieux blog qui n'était plus en ligne, Mondes Alternatifs. J'ai essayé de modifier légèrement la présentation et j'ai découvert à quel point c'était facile. La plateforme a juste une feuille de style CSS, et avec l'aide de l'intelligence artificielle, cela se fait en quelques minutes. Et pour les paresseux ou les gens pas inspirés, il existe une grande quantité de thèmes pré-formatés qu'il suffit d'appliquer en un clic.

Mais surtout Bear propose la présentation parfaite pour un blog, c'est-à-dire uniquement :

Et c'est tout.

Les utilisateurs de WordPress vont me dire que c'est extrêmement réducteur. Eh bien je ne suis pas d'accord. Pour moi un blog est une façon de partager des infos ou des idées avec le monde. Vouloir en faire un site complexe avec une grande quantité d'options n'a aucun intérêt ni aucune valeur ajoutée.

Bien sûr on peut ne pas aimer le minimalisme en tant que style. Et une plateforme comme Bear n'est pas adaptée à un site web à but commercial. Dans ces cas, oui, WordPress et ses inombrables extensions spécialisées est préférable voire indispensable.

Mais lorsqu'on rédige, qu'est-ce qui compte ? Le texte et rien d'autre. Si le lecteur a son attention distraite par des éléments graphiques qui ne sont pas réellement utiles (des liens de tous les côtés, de la publicité, etc.), alors son expérience est dégradée. Il ne s'intéresse plus vraiment à ce qu'il voit. Il pense à autre chose et au final quitte le site.

Avec Bear, il reste focalisé sur le texte. Et cela ne signifie pas que la présentation n'est pas esthétique, car il est possible de changer à peu près tout : la police de caractère, sa couleur, celle du fond, celle des liens HTML, etc. Plusieurs développeurs proposent des scripts simples pour ajouter des fonctions, par exemple classer les articles par année dans la page dédiée.

Mieux encore, Bear est une plateforme qui fonctionne à 100 % en Markdown. Si vous ne savez pas ce que c'est, j'en parle dans cet article. Markdown s'apprend en quelques minutes, et c'est vraiment le langage de rédaction le plus efficace pour un blogueur. En combinant Bear avec un logiciel d'écriture compatible, comme celui que j'utilise actuellement (iWriter Pro pour Mac), les textes sont facilement formatés et surtout ce formatage peut être sauvegardé en mode texte.

Mais ce ne sont pas les seules qualités de la plateforme Bear. Comme l'explique son fondateur, il vise aussi la pérennité. Car l'expérience que j'ai eu avec une autre appelée Proseful a été vraiment décevante. Son créateur expliquait qu'il voulait réaliser la meilleure expérience de blog possible. Le service s'enrichissait régulièrement de nouvelles fonctions. J'ai donc migré mon site dessus. Le design simplissime me convenait et la simplicité pour écrire était magique. J'ai même pondu un article pour dire à quel point j'étais satisfait, ce qui avec le recul prête à sourire.

Puis plus d'évolution pendant deux ans. Silence radio. Et un beau jour, on apprend que Proseful va fermer et que les abonnés ont trois mois pour trouver une alternative.

Cela a été une perte de temps considérable pour qui avait investi dans cette solution. Il a fallu sauvegarder les textes, ce que j'ai heureusement pu faire avec un aspirateur de site web, mais n'a peut-être pas été le cas de tous les utilisateurs. Il a fallu aussi pouvoir les migrer sur une autre plateforme. Pour cela il existe peut-être des outils capables de générer un article sous WordPress à partir d'une liste de fichiers texte. Mais même avec Markdown il y a encore du travail (ajouter des illustrations notamment).

Certains créateurs de plateformes ont compris cette difficulté. C'est pour cette raison que ceux de Svbtle et Bear s'engagent l'un et l'autre à maintenir la pérennité de leur création, ou au minimum à garder en ligne les textes déjà publiés sans limite de durée. Les promesses n'engagent que ceux qui les croient, évidemment. Mais au moins l'hypothèse d'une fermeture a été envisagée, ce qui n'était pas le cas de Proseful.

Par conséquent, j'ai finalement migré mes blogs sur Bear, et abandonné WordPress. L'avenir dira si cela a été une sage décision. Mais je n'ai pas encore résilié mon contrat d'hébergement avec o2switch. Quant on n'est pas maître de sa plateforme, il vaut mieux avoir un plan de repli.

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