Jean-Luc Durand

L’arnaque des LLD et LOA

Aujourd'hui j'ai envie de parler d'une des plus grosses arnaques de la consommation moderne : la location longue durée (LLD) et la location avec option d'achat (LOA), qu'on rencontre essentiellement pour l'achat d'une voiture.

Dans les vingt dernières années, le prix des automobiles a explosé, la faute à une inflation de normes et de réglementations déconnectées de la réalité. Dans le même temps évidemment, les salaires moyens eux n'augmentaient presque pas. Du coup le bon vieux crédit consommation est devenu trop cher pour beaucoup de gens.

Conséquence, la quantité de voitures neuves achetées diminue de plus en plus et l'âge des voitures augmente. En voulant des véhicules plus sûrs jusqu'à la déraison, on se retrouve finalement avec un parc automobile ancien qui reste de plus en plus longtemps sur les routes. Mais passons.

Les constructeurs ont donc trouvé une nouvelle manière de nous faire acheter, ou plutôt de nous donner l'impression qu'on achète. Ils mettent en avant deux formules : la LOA et la LLD. Elles connaissent un grand succès car elles sont généralement, à première vue, beaucoup plus abordables que le crédit classique.

Malheureusement comme d'habitude, lorsqu'un vendeur insiste sur un produit en particulier, c'est qu'il y trouve son intérêt. Et généralement, plus le vendeur trouve son intérêt, plus le client se fait avoir.

Nous allons donc étudier ici ces deux systèmes, voir en quoi ils relèvent d'une semi-arnaque et quelle est, à mon avis, la meilleure façon de procéder pour acheter une voiture.

La location longue durée ou LLD

Le principe de la LLD est très simple. Il s'agit d'une location sur une longue durée. Non je ne me moque pas de vous, mais c'est bien cela le principe. Vous payez une mensualité définie à l'avance pendant une durée elle aussi définie à l'avance, et vous avez le droit d'utiliser une voiture. Celle-ci ne vous appartient pas et lorsque la durée prévue est atteinte, vous devez la restituer.

Du coup vous comprenez quel est le premier problème de la LLD : vous n'êtes jamais propriétaire.

Il faut bien comprendre que cela change tout par rapport à une voiture qui serait réellement la vôtre. Vous n'avez pas le droit de la modifier en quoi que ce soit, notamment au niveau mécanique. Toute personnalisation, même purement esthétique, qui n'est pas facilement réversible est interdite, comme par exemple les "coverings" (l'ajout d'un film de plastique extrêmement fin qui permet de changer la couleur extérieure de la voiture).

Mais surtout le loueur définit avec vous un nombre de kilomètres maximum à parcourir et exige que la voiture soit restituée en très bon état.

Par conséquent si vous roulez plus que ce qui est prévu, vous aurez droit à de lourdes pénalités. Pire, au bout de plusieurs années d'utilisation, une voiture est toujours un petit peu "marquée par son quotidien". La banquette sera au minimum un peu sale, surtout si vous avez des enfants (je sais de quoi je parle). La peinture aura toujours quelques petites rayures, notamment si vous garez votre voiture sur les parkings des centres commerciaux par exemple. Cela, votre loueur le sait parfaitement.

C'est pourquoi les punitions, pardon, les pénalités, sont très élevées. Les montants varient suivant la marque et le loueur, mais on peut donner des ordres de grandeur. Une petite rayure peut coûter 150 €. Une très grosse rayure, qui nécessite de repeindre un élément de carrosserie peut dépasser les 500 €. Des sièges très sales peuvent coûter 250 €. Les mauvaises odeurs, notamment celle du tabac, sont facturées aussi. Comptez 250 €.

Et l'entretien ? Vous pourriez vous dire que puisque la voiture n'est pas à vous, ce n'est pas à vous de l'emmener au garage. Pas de chance, de base ce n'est pas le cas. Ce sera bien au locataire de faire les révisions, de remplacer les consommables comme les pneus, etc.

Notez qu'aujourd'hui il existe des formules qui intègrent l'entretien, mais elles font fortement augmenter la mensualité, et il faut être très vigilant sur ce qu'elle couvrent et surtout ne couvrent pas.

Autrement dit, vous payer pour tout sans posséder quoi que ce soit. La voiture n'est plus un bien mais un service. Et si par malheur vos revenus diminuent, vous êtes contraint de la restituer. C'est comme passer du CD audio au streaming façon Spotify, mais en version automobile.

Mais malheureusement ça marche, car les clients ont tendance à ne voir que la mensualité et oublier de prendre en compte les coûts cachés.

Certains particuliers avaient tout de même envie, au bout du compte, d'être propriétaires de quelque chose. Qu'à cela ne tienne, les financiers ont trouvé une autre solution. Elle s'appelle la LOA.

La location avec option d'achat ou LOA

Avec la LOA, ça commence comme la LLD. Vous trouvez une voiture qui vous plaît. On définit une mensualité, une durée de détention de la voiture, une quantité maximale de kilomètres à parcourir, et vous signez.

C'est lorsque vous arrivez au terme du contrat qu'il y a une différence. On vous propose deux possibilités. Soit payer une option d'achat finale et devenir propriétaire de la voiture. Soit renoncer à cette offre et restituer la voiture.

Le problème est que vous vous faites avoir dans les deux cas.

Dans le second, si vous restituez la voiture, cela équivaut exactement à une LLD. Cela n'a donc aucun intérêt. C'est ce que le vendeur va vous proposer s'il voit que vous n'avez pas les moyens de choisir la première option.

Et cette première option, que vaut-elle ?

Pour le savoir il faut comprendre ce que représente la LOA. La mensualité que vous payez ne rembourse pas la valeur de la voiture. Elle rembourse la valeur de la décote de la voiture pendant la période où vous la possédez.

Par exemple si vous achetez une voiture valant 30.000€ et qu'au bout de 5 ans le vendeur anticipe qu'elle ne vaudra plus que 20.000€ (ce qu'on appelle la valeur résiduelle), il va vous faire payer la différence, soit 10.000€, divisée par 60 mois.

Le problème, c'est que 10.000€ seront bien sûr additionnés d'intérêts. Il faut bien que votre loueur gagne sa vie non ? Sauf qu'il ne s'agit pas d'un prêt bancaire classique, mais d'un contrat de location. Ce petit détail juridique signifie que la réglementation est différente. On peut alors appliquer un taux extrêmement élevé.

Attendez, c'est pas fini. Pendant que vous roulez dans votre voiture, le loueur a immobilisé la valeur résiduelle, c'est-à-dire les 20.000€. Eh oui, cet argent ne travaille pas pendant cinq ans. Inacceptable. Par conséquent on va aussi vous facturer des frais financiers, qui correspondent à ce que cette somme aurait pu rapporter si elle avait été investie.

Vous en voulez encore ? Il y a aussi le problème des assurances ! Que se passe-t-il si un accident grave vous empêche de payer votre mensualité ? Ou si des voyous mettent le feu au véhicule ? Et bien entendu, quand on achète une voiture, on trouvera toujours quelques "frais de dossier" en plus...

Par conséquent, pendant les cinq ans d'usage, vous allez payer en cumulé beaucoup plus que 10.000€.

Tout ça pour quoi  ? Pour qu'on vous propose une option d'achat généralement très coûteuse. La pilule est d'autant plus dure à avaler que c'est le moment où vous commencez à vouloir changer de véhicule. Faire un très gros effort financier pour rester dans une voiture dont vous commencez à vous lasser est généralement difficile. Ajoutez que c'est aussi le moment où les problèmes mécaniques apparaissent.

Pour toutes ces raisons, à montant égal, la LOA vous coûtera beaucoup, beaucoup plus cher qu'un crédit classique.

Quoi que vous fassiez, vous êtes cuit, car si vous renoncez à conserver le véhicule, vous avez les mêmes pénalités à payer (pour cause de kilométrage excessif et/ou de mauvais état général) qu'en LLD.

C'est pourquoi les loueurs ont pour habitude de jouer les grands seigneurs et de vous proposer de les effacer, mais à une condition : que vous repartiez sur une nouvelle LOA. Comme dans le système de la LLD, vous vous retrouvez au final à toujours payer sans être jamais propriétaire.

Conclusion, votre loueur s'enrichit à tous les coups sur votre dos. J'imagine que vous êtes ravi.

La solution la plus pertinente

La meilleure solution, à mon avis, c'est de faire un crédit classique. Vous allez me dire que généralement, sur les voitures neuves, la mensualité est bien trop élevée. Et je suis tout à fait d'accord. Si vous faites le crédit sur 100% du prix, vous allez vous ruiner.

Il y a donc deux façons de procéder. La première est de faire un crédit classique mais sur une voiture d'occasion de 3 à 5 ans. Vous aurez ainsi déjà passé la période de plus forte décote (40% à 50% en moyenne), qui aura coûté cher au premier propriétaire, mais qui vous permettra d'avoir un véhicule de bonne qualité à un tarif raisonnable.

Et si malgré tout vous voulez absolument une voiture neuve ? Le truc, c'est d'acheter des voitures qui décotent peu. De choisir des marques qui ont une bonne réputation de qualité et qui conservent leur valeur sur le long terme. En clair, des marques japonaises comme Toyota ou allemandes comme Volkswagen par exemple.

Ensuite il faut un apport. C'est difficile, mais c'est seulement pour le premier achat. Vous faites un crédit classique, mais sur le montant de la voiture diminué de votre apport. Au bout de 5 ans, vous achetez une nouvelle voiture en faisant reprendre l'ancienne par le vendeur. Si vous avez choisi une bonne marque, la décote sera relativement faible et le prix de votre ancienne voiture constituera un apport non négligeable pour la nouvelle. Ce qui mettra à nouveau le crédit à votre portée.

De cette façon vous roulerez toujours dans des véhicules neufs et qui, en plus, seront totalement à vous. Bien sûr il faudra les entretenir et ne pas trop les modifier sous peine de voir leur valeur de revente diminuer.

Mais vous ne risquez aucune pénalité pour les petites dégradations du quotidien. Vous pouvez rouler autant de kilomètres que vous le souhaitez, pas de pénalité non plus. Et si vous êtes dans une situation financière difficile, vous conservez le véhicule plus longtemps, tout simplement.

Les cas particuliers

Pour être honnête, il existe des cas où la LLD peut être intéressante. C'est lorsqu'une voiture décote très rapidement. C'est surtout le cas avec les véhicules électriques. La raison est que l'on est encore aujourd'hui dans une phase où les technologies sont nouvelles et évoluent rapidement. Une voiture moderne aujourd'hui peut très bien être obsolète dans deux ans.

Attention, toutes les marques ne sont pas concernées. Une Tesla, par exemple, conservera à mon avis sa valeur, car elle a une forte avance sur la concurrence (pour le moment, mais cela ne sera sans doute plus le cas dès l'année prochaine). C'est tout l'inverse pour les constructeurs chinois dont on ne connaît pas réellement la solidité financière, et qui peuvent disparaître aussi vite qu'ils sont arrivés.

Donc avec un constructeur peu connu, plutôt que de prendre un risque en devenant propriétaire, vous pouvez utiliser la LLD. Au bout de la période convenue, vous restituez le véhicule, et c'est le loueur qui devra assumer les conséquences financières si celui-ci n'a plus de valeur.

#Arnaques